Jean Bouin

Jean Bouin
"Comment on devient champion de course à pied"
Né à Marseille en 1888, Jean Bouin pratiqua très tôt de nombreux sports (natation, escrime, gymnastique....). Dès son plus jeune âge, il déborde d'énergie. Pendant les récréations, il fait des tours de cour, ce qui agace son instituteur, Joseph Pagnol (le père de Marcel). Un jour, ce dernier laissa échapper sa colère et lui dit "Arrête de courir grand fada. Va jouer aux billes avec tes copains. Courir cela ne te rapportera jamais rien !"
A 15 ans déjà, Jean Bouin est fasciné par les exploits des coureurs à pied. Il va observer les meilleurs coureurs locaux qui s'entraînent dans un parc à Marseille. Il prend la foulée de Louis Pautex, le tout récent vainqueur du marathon de la ville, et tente de maintenir la distance. Voyant un gamin accroché à ses basques, le champion local l'encouragea alors à s'entraîner. Afin de mieux se faire remarquer, Bouin crée avec quelques camarades de son école un club scolaire, l'athlétique club de l'école de l'industrie. Ses qualités et ses nombreuses victoires vont rapidement le faire sortir du lot, à tel point qu'il se fait remarquer par un banquier qui l'embauche en tant que coursier.
Une approche novatrice de l'entraînement
Avec l'aide de son entourage, Jean Bouin, met en place un entraînement très complet associant l'aspect purement course avec tout ce qui a trait à l'alimentation et à l'hygiène de vie. En 1912 il écrit un livre traitant à la fois de l'entraînement, de l'hygiène de vie et de ses propres résultats en course à pied. Le tire de ce livre : "Comment on devient champion de course à pied". Bien qu'enraciné dans son époque, on peut retrouver dans l'entraînement de Jean Bouin les trois points clés de l'entraînement, à savoir : la spécificité, la progressivité et la diversité.
La spécificité
Concernant la spécificité et plus particulièrement la spécificité de la course à pied Jean Bouin mettait en garde contre une pratique trop précoce, inadaptée à l'individu. "Son influence sur tout l'organisme est énorme ; et sur les poumons son efficacité est telle qu'elle devrait être par tous suivie ; elle leur donne la plus grande puissance respiratoire, leur développement complet." Toutefois, pour Jean Bouin la pratique de la course ne doit pas se faire dans n'importe quelles conditions. " la course à pied ne doit être pratiquée qu'au moment du développement normal des muscles chez l'adolescent, c'est à dire vers la dix septième ou dix huitième année. Commencer plus tôt l'effort serait le rendre dangereux, puisqu'il porterait sur des organes encore incomplètement formés. Cela ne veut pas dire qu'avant cet âge on doit s'interdire de courir, mais bien plutôt qu'il faut, avant cette période, courir sans effort, courir pour courir et non pour s'affirmer le meilleur."
Son approche de l'entraînement était différente selon les compétitions abordées. Cross country et piste nécessitent des entraînements différents. "parce que cette épreuve est infiniment variée d'aspects, elle apparaît comme la plus intéressante. (.....) Il faut s'entraîner en compagnie. Les parcours sont durs, assez longs . Ces séances n'ont lieu qu'une seule fois par semaine. Entre deux parcours, les coureurs peuvent s'essayer sur la piste à plein train, ils retrouveront la vitesse de jambes que le parcours de cross ne peut favoriser." Spécificité et diversité se retrouvent dans ce passage.
Spécificité et progressivité
Dans le registre de la spécificité, Jean Bouin ne s'entraînait pas de la même façon à l'approche d'une compétition. "je m'entraîne deux fois par jour lorsque j'ai en vue une grande épreuve, en augmentant au fur et à mesure les distances parcourues. Chacune des séances se terminant par 2,5 km de marche, la marche étant en cette occasion, la régulatrice des mouvements du c½ur et des muscles qui ne doivent cesser subitement le travail qui leur est imposé". Ah les bienfaits de la récupération active...
Entre spécificité et progressivité ; cette dernière caractéristique étant induscutable pour cet exemple.
Diversité
Dans le registre de la diversité, Jean Bouin ne faisait pas que courir. Sa préparation était complète. Premier adepte de l'entraînement quasi quotidien, il pratique la culture physique générale matin et soir (grimper aux arbres, porter des troncs d'arbres, lancer des cailloux...) entrecoupée de sprints. Il court à travers les forêts, sur des terrains variés et vallonnés, couvre jusqu'à 20km par jour. Outre le contenu des séances, Bouin aimait à se donner des handicaps à l'entraînement par rapport aux compétitions. "je ne cours pas lors d'une épreuve dans les mêmes conditions vestimentaires qu'à l'entraînement et le handicap qui m'est imposé dans mes essais préparatoires, me laisse, lorsqu'on le supprime, avec un supplément de ressource. Je m'entraîne sans mes poignées de liège, avec des chaussures lourdes, un gros maillot de laine. Le jour de la course, je connais , grâce à mon maillot de soie, à ma chaussure légère, à mes poignées, une liberté d'action beaucoup plus grande."
En plus d'un entraînement poussé, Bouin savait aussi user de psychologie en course afin de mieux dominer ses adversaires. " Je me rappelle avoir gagné ainsi une course très importante. Plus fatigué que mon adversaire qui arrivait à ma hauteur, j'eus la présence d'esprit, à 20 mètres du poteau, alors qu'il allait me dépasser, de le regarder en souriant. Il vit dans ce sourire la certitude que j'étais plein de ressources et que je m'amusais. Comme à ce moment là j'allongeais insensiblement ma foulée, je coupai la ligne d'arrivée avec deux mètres d'avance !"
L'hygiène de vie
En plus de s'entraîner physiquement, Bouin s'imposait une hygiène de vie très stricte.
"Se coucher tôt, se lever de même", des savants ont affirmé que c'était là la source de la vigueur, l'origine de la résistance et le secret de la vieillesse. Il faut y croire et suivre cette formule pendant la période d'entraînement.(....). Aussitôt levé et plutôt que de vous étirer paresseusement, ouvrez largement votre fenêtre, si elle ne l'est déjà, adoptez la tenue d'Adam avant la rencontre d'Eve et commencez quelques exercices de gymnastique suédoise." On retrouve ici les grands principes hygiénistes de l'époque, véhiculés notamment par la gymnastique suédoise (attitude, respiration). La place et le rôle de l'alimentation est très important pour Bouin, "l'hygiène de chacun est personnelle ; elle varie donc. Il apparaît évident que l'alimentation, notamment, ne peut être exactement déterminée ; tels aliments conviennent aux uns qui sont désagréables aux autres ; c'est leur digérabilité qui doit dicter leur emploi. Mais il est nécessaire, pendant la période d'entraînement d'observer certains principes. Ils ont leur raison dans l'énorme appétit que provoquent le travail physique, le grand air, le mouvement. La jeunesse aidant, la capacité stomacale de certains sujets devient énorme. Elle peut être dangereuse ; et c'est pour cela qu'il ne faut point la forcer."
Jean Bouin a son alimentation propre.
"Mon alimentation consiste en viandes grillées, légumes cuits, purées de légumes, toutes choses facilement assimilables; jamais de vins capiteux (qui enivrent) , jamais de champagne, excitant immédiat, mais néfaste par la suite. Pas d'alcool non plus et pas de fumée. Tout n'est pas rose, on le voit, et il est des privations qui exigent une certaine force de caractère." Afin de palier cette dure abstinence, la cigarette sera remplacée par un cure dent. L'alcool n'est néanmoins pas totalement banni de l'entraînement de Jean Bouin. Pour mieux récupérer des séances lors de son séjour en Suède en 1913; et suite à la lecture des notes d'entraînement d'un grand boxeur de l'époque, il se préparait à la fin des séances un petit gin bien chaud auquel il ajoutait un peu de citron et de sucre.
Les soins accordés au corps font aussi partie de l'entraînement de Bouin. Il passe notamment dès qu'il le souhaite entre les mains expertes d'un ami masseur. Bouin a conscience de l'utilité d'entretenir, de soigner son corps. "Le pied est pour le coureur l'aboutissant de tout; il lui faut des soins particuliers qui le laisseront prêt à supporter toutes les fatigues. (....) Il ne faut se laver les pieds que modérément; par là il faut entendre qu'on ne doit point les tremper longuement dans l'eau qui les attendrit, mais les humecter simplement pour les conserver en état de stricte propreté."
Bouin fut un des premiers coureurs que l'on peut considérer professionnel au niveau de la façon d'aborder ce sport. Il avait une approche rationnelle de l'entraînement et de la vie d'un athlète. La mise en ½uvre de cette approche fut possible grâce à la symbiose du couple entraîneur/athlète.
Records et performances sur la Cannebière.
Ses performances vont rapidement dépasser les quartiers de Marseille.
4ème du national de cross en 1906 et 1907, il remporte le titre en 1909. Il renouvellera les victoires jusqu'en 1912.
Sur le plan international, en 1909, il finit second du cross des nations qui fait office de championnat de Monde. Il gagnera cette course de 1911 à 1913.
Sur la piste, Jean Bouin n'est pas en reste. S'essayant du 800 m au 10 000 m à ses débuts, il se spécialisera plus sur le demi-fond long par la suite.
Mais ses deux exploits les plus marquants eurent lieu en Suède, sur la piste du stade de Stockholm.
Le premier se déroula lors des jeux olympiques de 1912, sur 5000 m. Opposé au finlandais Kolehmainen en finale, Jean Bouin mena un train ultra rapide. Seul son adversaire finlandais réussit à le suivre, prenant de temps en temps le relais de cette course folle. En tête à la cloche, et dans la dernière ligne droite, Jean Bouin vit remonter centimètre par centimètre son adversaire qui le devança de 70cm à l'arrivée. Le temps du vainqueur était de 14'36"6, soit 25 secondes de moins que le précédent record du Monde !! Jean Bouin était crédité de 14'36"7, record de France qui ne sera battu qu'en 1948.
Son deuxième exploit eu lieu toujours sur cette même piste , en 1913. L'ambition de Jean Bouin était de battre le record du monde de l'heure, amateur et professionnel confondu. Le 6 juillet, il se met au départ en compagnie de 31 autres coureurs. Il passe au 10 000 m en 31'27, puis au 15 km en 47'18 (record du monde) en ne cessant de doubler ses concurrents. Au signal annonçant la dernière minute, Jean Bouin accéléra et accéléra encore. 19,021km !! le précédent record (18,878) était bel et bien battu. Ce record de France ne fut battu qu'en 1955 par Mimoun.
Cette carrière s'est malheureusement prématurément arrêtée par une sombre journée de septembre 1914. Chargé de faire le messager du front, il fut tué suite à une erreur de tir de l'artillerie française. Il n'avait que 26 ans et une belle carrière devant lui. Source
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le jeudi 02 février 2006 08:30

Jules Ladoumègue

Jules Ladoumègue
Une foulée, des records, des malheurs...
Le 10 novembre 1935, pas loin de 400.000 personnes sont amassées tout le long des Champs-Élysées pour voir Jules Ladoumègue déployer sa belle foulée. 400.000 personnes pour un homme.....
Cette gloire auprès du public n'est cependant pas le reflet de son aura auprès des instances fédérales que sont la FFA et l'IAAF. C'est en tant qu'athlète amateur radié à vie que Ladoumègue court en ce jour de novembre.
Une jeunesse difficile
Né en 1906, le début de la vie de celui qu'on appelait affectueusement "Julot", fut digne d'un roman noir.
Son père mourut quelques jours avant sa naissance, écrasé par des blocs de bois sur les docks de Bordeaux. 17 jours après sa naissance, une nouvelle tragédie vient marquer la vie de Jules, sa mère meurt brûlée vive chez elle. Il grandira chez un oncle et une tante de milieu très modeste. A l'âge de 12 ans il devient apprenti jardinier chez un architecte qui possède d'immenses plantations en bordure de l'hippodrome de Talence. On raconte qu'il regardait souvent les chevaux courir et qu'il se mettait par mimétisme à trotter comme un pur-sang.
"Très souvent, a raconté Ladoumègue, je regardais les trotteurs s'entraîner. J'aimais la foulée des chevaux, j'observais attentivement leurs mouvements de jambes. Je leur dois sans doute cette élévation du genou qui a donné son style à ma course".
Quand ce n'était pas son patron qui le surprenait à imiter les chevaux c'était sa tante qui dit-on, s'effarait de le trouver perché sur une table devant un miroir étudiant l'extension de la jambe arrière.
A 15 ans il court plus vite que ses camarades. Ceux-ci l'amènent à l'Union Athlétique Bordelaise. Jules participe à des courses régionales sur des distances allant de 8 à 20 km, avec souvent comme prix au vainqueur un écu d'une valeur de 5 francs. Ses performances le firent remarquer par les dirigeants du stade bordelais université club (SBUC) qui le font venir chez eux, et par la même occasion "rachetèrent" pour 500 francs la requalification de Jules. Celui-ci ayant touché de l'argent lors de ses courses, il n'était pas considéré comme amateur. Il a alors 18 ans et tout l'avenir devant lui. Son modèle est à cette époque Paavo Nurmi, il étudie sa technique de course sur les nombreuses photos qu'il découpe dans les journaux illustrés, photos qu'il accroche dans sa chambre.
Ses premières sélections internationales se font sur 5000m en 1926.
En 1927, il fait son service militaire à l'école de Joinville et est la convoitise de tous les clubs parisiens. Il opte dans un premier temps pour le stade français où il y rencontre Charles Poulenard qui devient son entraîneur. Ce dernier décide de le faire courir sur des distances plus courtes. En 1927, il est international sur 1500m et gagne son premier match en 4'07"2.
L'année 1928 le voit "exploser" au niveau des performances. Il devient champion de France du 1500m en 3'52"2, alors que le record du monde est de 3'51. Il devient un favori du 1500m des jeux olympiques qui vont se dérouler la même année à Amsterdam. Malheureusement son manque d'expérience sur la distance ne lui permet pas d'accrocher une médaille d'or à son coup. Après un démarrage prématuré lors de la finale, il finira second à 6 dixièmes du finlandais Larva. Au cours de l'année 1928, il disputera également quelques 800m, avec comme meilleur temps 1'52".
Le temps des records
A partir de 1929, il ne connut presque plus la défaite. Il demeurera notamment invaincu sur 1500m pendant 24 mois. En 1930, cédant aux encouragements de son entraîneur, il s'attaque au record du monde du 1500m sous les couleurs de son nouveau club le CASG. La tentative se passe sur le stade Jean Bouin, le 5 octobre à l'issue d'un match de rugby. Il est emmené par deux de ses amis qui sont par ailleurs deux des meilleurs spécialistes de demi-fond français, Séraphin Martin et Jean Keller. Ce dernier passe au 400m en 58"6, puis au 500m en 1'13"4. Le relais est alors pris par Martin qui passe en 2'33" au 1000m. Au 1100m, Ladoumègue se retrouve seul et allonge sa "majestueuse et romantique" foulée pour finir en 3'49"2, soit près de deux secondes de mieux que l'ancien record du monde. Ladoumègue est le premier coureur à descendre sous les 3'50".
Deux semaines plus tard toujours sur cette même piste c'est le record du monde du 1000m qui tombe avec à nouveau l'aide de ses deux amis. Le chronomètre s'arrête à 2'23"6 contre 2'25"8.
L'hiver 1930-31 est relativement calme, il prend ses distances avec la compétition, se marie et cesse pour un temps tout entraînement.
Cela ne l'empêche nullement de revenir au premier plan lors de l'été 1931 et de s'adjuger les records du monde du 2000m (5'21"8), du 2000m yards, du ¾ de miles. Le 4 octobre de cette même année il s'estime suffisamment prêt pour s'aligner sur la distance reine de l'époque, à savoir le mile, dont le record (4'10"4) est alors détenu par l'homme qui fut son idole et modèle : Paavo Nurmi.
Cela se passe sur la piste de 450m de son stade fétiche, le stade Jean Bouin, devant 15 000 spectateurs.
Cette fois ci, ses lièvres habituels ne sont pas là. Le train sera assuré par un jeune coureur, René Morel, qui assure une allure régulière, mais un peu trop lente au goût de Ladoumègue. Le 400m est atteint en 1'00"8, le 800 en 2'04"2. Au 1000m réalisé en 2'34"6 Jules est seul ; "c'est là que commença ma véritable course, a raconté Ladoumègue : je me sentis frais comme je ne l'avais encore jamais été. Je démarrai donc à 450m de l'arrivée en ne pensant qu'à une seule chose : rattraper le temps perdu. J'allongeai ma foulée, je dégageai ma poitrine, levai légèrement la tête. Je fus étonné que la dernière ligne droite vint si vite : au passage au 1500m, on me cria 3'52"4. Je sus alors que j'allais faire mieux que Nurmi." En effet il passe la ligne d'arrivée en 4'09"2, soit 1"2 de mieux que son idole.
Ce sera là le dernier chef d'½uvre de Ladoumègue en tant qu'amateur.
L'argent ne fait pas le bonheur....
Dans les années 30, la notion d'amateurisme est très importante dans le sport.
Dès 1928 et son passage du stade français au CASG (Club Athlétique de la Société Générale) où Ladoumègue accepte une situation plus ou moins fictive à la société générale, la fédération française d'athlétisme s'intéresse de près à lui. En 1930, des dirigeants allemands l'accusent d'avoir exigé et obtenu 6000 francs afin de courir à Francfort. Afin d'éviter d'être prématurément radié, un dirigeant du CASG, Georges Vitau affirme avoir pris pour lui cet argent. Ce dernier sera en vertu des règles strictes de l'amateurisme disqualifié à vie. Ce n'était là qu'un répit pour Ladoumègue. En 1931, la Suède l'accuse d'avoir exigé 25000 francs pour participer à deux réunions. Une enquête fut alors ouverte par la FFA sur demande de la fédération internationale. On apprit alors que le CASG avait tenté de faire jouer la concurrence entre plusieurs clubs afin que Ladoumègue puisse participer à un meeting. Le club du Havre avait finalement accepté de payer 6000 francs, alors que Strasbourg et Orléans n'en étaient qu'à 3000 francs chacun. La FFA décida de confronter Ladoumègue et les dirigeants havrais. Mais le jour de la confrontation Ladoumègue ne vint pas. Une soit disant panne de voiture l'avait empêché d'être présent. La FFA ne put qu'entendre les Havrais, la cause paraissait entendue. La radiation de Ladoumègue fut votée le 4 mars 1932 par 13 voix contre 5 abstentions.
"On m'a brisé les jambes" disait Ladoumègue. A 26 ans, détenteur de tous les records mondiaux du 1000m au 2000m, il ne put assister qu'impuissant à ce qui aurait dut être le couronnement de sa carrière : les jeux olympiques de Los Angeles. A ses cotés se trouvait le héros de sa jeunesse, le Finlandais Paavo Nurmi, lui aussi disqualifié pour les mêmes raisons et lui aussi à la veille de ces jeux olympiques maudits.
"Jamais il ne devait guérir de cette profonde déchirure qui demeura jusqu'à sa mort, comme une plaie ouverte" écrivit Robert Parienté.
"La pensée qui m'obsédait le plus disait Ladoumègue, concerne la trop courte longévité d'un athlète. Un chanteur, un musicien, un écrivain remplissent leur existence toute entière grâce au don que le ciel leur a accordé. Les athlètes sont comme des chiens, ils ne vivent pas assez longtemps."
Ladoumègue devint professionnel et tenta vainement d'améliorer ses records amateurs mais le ressort était cassé. Il fit notamment quelques exhibitions contre des chevaux, se produisit en URSS. En 1943, il fut requalifié et à 37 ans réussissait 3'58" au 1500m.... Source
# Posté le samedi 04 février 2006 13:24

Rudolf Harbig

Rudolf Harbig
Le temps d'une révolution
Nous sommes le 15 juillet 1939 en fin d'après-midi. Il fait chaud, l'air est immobile. Dans le Stadium en ébullition, un athlète hors du commun est en train d'enflammer la piste en terre battue, l'incroyable va se produire ! Les chiffres s'égrainent sur le chronomètre de Waldemar Gerschler : 1'40-41-... plus que quelques mètres à parcourir, 45-46.....Top : 1'46"6 ; une minute quarante six secondes et six dixièmes, record du monde ! En ce jour de juillet de l'année 1939, Rudolf Harbig, l'athlète de Waldemar Gerschler, a battu le record du monde du 800m de 2''8. Le record tiendra pendant 16 ans ; l'écart par rapport au précédent record ne sera jamais plus atteint sur cette distance. Avec ce record, Rudolf Harbig inaugure une nouvelle ère ; il ouvre les portes d'un domaine où l'on ne croyait pas qu'il fut humainement possible d'accéder.
Un entraîneur
Harbig fut découvert par Waldemar Gerschler en 1934 lors des journées de "l'athlète inconnu" mises en place par la fédération allemande d'athlétisme. A cette occasion, Harbig, alors âgé de 20ans, courut son premier 800m dans le temps de 2'04''. Ancien professeur d'histoire, de philosophie et d'allemand Waldemar Gerschler découvre très tôt les vertus de la condition physique en fréquentant l'institut des sports de Leipzig. Il dédaigne la spécialisation ; il veut tout faire et tout savoir avant d'enseigner aux autres. Il s'intéresse au football, à la natation, à la gymnastique et à l'athlétisme. C'est pourtant sur la piste qu'il décide d'éprouver ses qualités d'entraîneur en créant la section d'athlétisme du Dresden Sport Club. C'est dans ce club que Harbig construisit ses succès. A l'époque, il enchaînait les séances sur piste. De séances en séances, il progressait, améliorait sa résistance comme son envie de vaincre. Pendant deux ans, il se renforça au point de devenir imbattable. En dépit de sa formidable progression, Harbig du encaisser la plus grande déception de sa carrière aux JO de Berlin. Affaiblit par une grippe intestinale, il fut éliminé dès les séries du 800m. Cette contre-performance déchaîna les critiques. Beaucoup assimilèrent cet échec aux Jeux Olympiques à un excès d'entraînement. Gerschler fut critiqué pour ces méthodes jugées trop dures. Pourtant le souci de ne pas trop s'user à l'entraînement était au centre des préoccupations du couple Gerschler - Harbig. La femme de Harbig, décédée en 1962, écrivit à ce sujet : "en général on était de l'avis, que même si c'était bien on avait trop fait. [...] Tous les sceptiques auraient du être mieux informé, car Gerschler savait bien ce qu'il pouvait exiger de Rudolf".
La connivence
"Depuis le jour où Rudolf s'était complètement fié à son entraîneur, plus rien d'autre ne comptait pour lui que d'exécuter fidèlement et avec exactitude les consignes d'entraînement, aussi difficiles qu'elles lui semblaient. Les rapports de confiance avec son entraîneur ne se limitaient pas au domaine sportif mais s'étendaient aussi à toutes les affaires personnelles de sa vie privée. C'est peut être là que se trouvait la clef des autres succès de Rudolf". La complicité entre les deux hommes se retrouve dans les propos d'un Gerschler rendant compte des qualités de son athlète.
Les clés du succès
La force morale
Gerschler explique le phénomène Harbig par "une harmonie parfaite de la personnalité". Pour lui, aucun coureur n'a atteint Harbig dans l'aisance naturelle de ses capacités. "Harbig se mettait complètement à disposition sans contradiction aux situations les plus difficiles du domaine de la haute performance. Il ne perdait jamais confiance dans son entraîneur, il n'avait pas la sensibilité psychologique des athlètes actuels. (NDLR : propos recueillit en 1969). Il ne connaissait aucune crise".
D'un point de vue plus athlétique,"la grande qualité natice de Harbig était sa capacité à changer d'allure à l'entré de la dernière ligne droite, c'est quelque chose de tout à fait exceptionnel que je n'ai revu chez aucun autre athlète" affirme Gerschler.
Gerschler voyait deux raisons à la profonde motivation de Rudolf. La première est que "Harbig était d'une origine sociale de très faible condition. Il vit dans le sport la grande chance d'une promotion sociale. La deuxième raison était liée à sa mère. Il voulait lui offrir la possibilité d'une vie meilleure, et pour lui c'était la plus grande stimulation de voir comme elle était fière de son fils célèbre ainsi que de ses succès."
Ce que ne dit pas Gerschler, c'est qu'il a appuyé cette force morale d'une méthode d'entraînement révolutionnaire.
L'entraînement par intervalles
Gerschler avait eu connaissance des travaux du cardiologue H. Reindell. Depuis plusieurs années, ce médecin utilisait l'exercice physique pour améliorer les performances du c½ur de ses patients malades. Il avait en outre montré que la méthode la plus efficace pour parvenir à cette fin était la répétition de courses réalisées sur des distances courtes et entrecoupées de brèves périodes de repos. Pendant la course, le c½ur atteignait des pulsations de l'ordre de 180 pulsations par minute pour retomber à 120 pulsations à l'issue des périodes de repos.
Gerschler compris l'intérêt de cette préparation pour les athlètes. Il fut le premier à l'appliquer avec le succès qu'on lui connaît. Cette méthode "révolutionnaire" pris, par la suite, le nom "d'interval training".
En dépit, de l'importance certaine de la préparation par intervalles, Gerschler mettait lui aussi en avant l'aspect relationnel entraîneur-athlète. "Cette méthode serait inopérante si l'on n'y ajoutait pas la parfaite communion d'idées, de sentiments que doit exister entre l'athlète et l'entraîneur. Le contact, la compréhension sont aussi essentiels que le travail sur piste".
C'est donc une synergie très forte entre une préparation adaptée, des qualités personnelles indéniables et une confiance de tous les instants avec son entraîneur qui assura les succès de Harbig. Et des succès il y en eut. D'août 1936 à septembre 1940, il demeura invaincu sur 800m, totalisant 46 victoires.
La seconde guerre mondiale eue raison de ce formidable athlète. Le 5 mars 1944, à l'âge de 30 ans, Rudolf Harbig mourut sur le front de Prusse orientale en défendant un pont. Un an plus tard, dans la ville de Dresde noyée sous les bombes, l'appartement de Gerschler fut détruit par les flammes. Dans cet appartement, se trouvait un chronomètre qui n'avait jamais été remis à zéro depuis un fameux jour de juillet 1939 ; un chronomètre dont les aiguilles indiquaient le temps de 1'46"6. Source
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 05 février 2006 09:45

Ivo Van Damme

Ivo Van Damme
Le James Dean du Tartan...

Il était une fois... Ainsi commencent généralement les contes et ainsi commence la vie d'Ivo Van Damme. Mais dans ce cas, il ne sera pas question d'un "happy-end".
Né le 21 février 1954 dans un petit village près de Louvain, Ivo connaît une enfance tranquille. Dès son plus jeune âge, il se révèle sportif : il joue au football sous les couleurs du Racing White mais très vite affiche une préférence pour l'athlétisme. Ce n'est pourtant qu'à 16 ans qu'il optera définitivement pour le tartan.
Au départ il s'intéresse surtout au 1500 et au 3000m, mais très vite il découvre le 800m. Il réalise un temps de 2.07.20 lors de son premier essai sur cette distance. En quelques mois, il améliore son temps de 5 grosses secondes... L'histoire est en marche...
Une main de fer dans un gant de velours...
Les mêmes termes reviennent systématiquement dans la bouche de ceux qui l'ont bien connu. Ivo est un athlète exceptionnel non seulement par le talent mais également par le caractère. Alors que les Belges se complaisent habituellement dans les seconds rôles, Ivo veut être le n° 1. Et pour parvenir à cet objectif, il est prêt à tous les sacrifices.
Ainsi, Ivo est une véritable bête de travail comme en témoigne sa fulgurante progression. Il est obsédé par les chronos. Il a une grande confiance en lui, en ses capacités, ce qui pouvait parfois passer pour de l'arrogance. Il n'en est pourtant rien. En compétition, il ne fait jamais de cadeau mais est d'une sportivité exemplaire et en dehors du contexte sportif, Ivo est quelqu'un de sociable, un bon camarade, jamais le dernier à raconter une blague. Ivo est en fait doté d'un exceptionnel charisme qui lui permet d'entrer en contact facilement avec les gens qu'il rencontre, même si, comme chaque athlète de haut niveau, il pouvait se replier sur lui-même. Ivo est également un précurseur en matière de relations publiques. Il soigne son image de marque en envoyant une carte postale aux journalistes sportifs alors qu'il est en stage à l'étranger.
En 1976, à 22 ans, il participe à ses premiers Jeux Olympiques à Montréal. Sa formidable volonté et ses innombrables efforts sont récompensés : médaille d'argent sur le 800 et sur le 1500. Il est accueilli en héros à son retour du Canada, mais selon lui, il peut mieux faire. Dans son esprit, les jeux suivants seront ceux de son apogée athlétique, mais... un tragique accident de la route, survenu sur une autoroute du Sud de la France, alors qu'Ivo rentre d'un centre d'entraînement met une fin abrupte à cette carrière qui l'avait d'ores et déjà propulsé au firmament de l'athlétisme mondial. Paradoxalement, c'est cette fin tragique qui fit entrer Ivo Van Damme dans le cercle fermé des mythes, des dieux du stade. Source
# Posté le dimanche 05 février 2006 09:51
Modifié le lundi 02 juillet 2007 23:45

Tommie Smith

Tommie Smith
La mise au poing

Le 16 octobre 1968, Tommie Smith lève un poing ganté de noir dans le ciel de Mexico. À vingt-trois ans, il vient tout juste de remporter le titre olympique du 200 mètres. Son geste, qui marquera l'histoire, fait du podium des Jeux une tribune politique alors que l'Amérique est en pleine bataille des droits civiques.
Tommie Smith, êtes-vous toujours un fan de sport quand l'argent, la violence, le dopage gangrènent tout ou presque aujourd'hui ?
Mais l'homme est comme cela ! Depuis le début de la création, l'homme est engagé dans des guerres de religion, l'homme passe son temps à se détruire. Que montre le dopage finalement ? Que l'homme se perd toujours pour quelque chose, jamais pour rien.
Le monde du sport aurait peut-être besoin d'un nouveau poing dressé dans le ciel, un geste avec la même force que votre coup d'éclat des JO de Mexico 1968 ?
Aujourd'hui, j'utilise le sport comme un levier pour ouvrir les esprits. Je me dois d'être optimiste parce je suis aussi professeur, j'enseigne à de jeunes étudiants en Californie. Lorsqu'en juin 2005, je prendrai ma retraite, j'aurai fait passer mon message à quelque 500 000 élèves. À ce moment-là, je pourrai voyager de plus en plus dans le monde, juste pour continuer de parler aux gens. J'aime parler parce que j'ai des choses à dire. J'aime faire partager l'expérience de mes jeunes années d'athlète.
Mais, pour en revenir à Mexico 1968, en levant le poing là-bas, j'ai fait un sacrifice pour l'humanité. Là-bas, j'ai senti que je devais quelque chose aux autres. C'est pour cela que je me suis engagé même si, ensuite, j'aurais pu le payer très cher. De ma vie peut-être. Lorsque je suis descendu du podium du 200 mè- tres en 1968, on me hurlait : « Sale nègre, tu vas mourir à 14 heures demain ! »
Vous pensez que les jeunes d'aujourd'hui sont encore capables d'entendre votre message ?
Ils peuvent non seulement l'entendre mais le porter plus loin. S'ils enlèvent les « putains » d'écouteurs qu'ils ont sur les oreilles pour écouter leurs CD, on pourra enfin faire quelque chose.
Vos combats passent-ils mieux en France qu'aux États-Unis ? Vous sentez-vous soutenu chez vous lorsque vous prônez la tolérance et l'égalité ?
Je n'essaie jamais de calculer qui veut le plus ou le mieux entendre mon message. Je veux croire que mon rôle est de continuer à porter un message de paix. Ceux qui veulent l'accepter, le comprendront. Et puis ceux qui n'étaient pas d'accord avec moi à Mexico en 1968 méritent aussi d'être écoutés, parce que ce sont des gens comme les autres. Ils peuvent encore entrer dans le combat, il n'est jamais trop tard.
Votre geste de Mexico a marqué les esprits, est-ce que vous pensez qu'il a inspiré une génération ?
Vous savez, aujourd'hui, j'ai toujours des frissons lorsque je ferme le poing comme ce jour de 1968. (Il recroqueville ses doigts en même temps - NDLR.)
Maintenant, il y a beaucoup de gens qui sont morts aujourd'hui et qui ont peut-être fait plus que moi dans le combat pour la tolérance et l'égalité. Moi, j'étais simplement béni, mais je n'étais pas le seul à me battre. En tout cas, je suis sûr que mon geste peut être refait par d'autres aujourd'hui.
Mais est-ce que le monde d'aujourd'hui a besoin d'être secoué comme l'ont fait les sportifs dans les années soixante. On n'a pas l'impression que parmi les stars du sport actuel, il y ait un autre Mohammed Ali, un autre Tommie Smith.
Mais vous vous trompez, il y en a partout. En fait, il y a tellement de gens qui font des choses mais qui n'ont pas réalisé le pas en avant comme moi à l'époque.
Si je ne m'étais pas battu avec d'autres, quelle vie aurais-je dû vivre ? Imaginez-vous que mon père ne pouvait pas regarder un homme blanc dans les yeux, il devait baisser la tête. Je ne pouvais pas tolérer ça.
Vous ne pensez donc pas que les sportifs aujourd'hui sont beaucoup moins impliqués dans la vie politique ?
L'époque est différente. Moi, j'ai surgi à un moment où il n'y avait pas d'argent dans le sport et je m'en félicite tous les jours. Je n'étais pas payé alors qu'aujourd'hui beaucoup d'athlètes sont vendus au dollar tout-puissant. Toute la question est de savoir si vous voulez être un millionnaire, avoir tout ce que vous voulez ou clamer le mot « liberté » et être arrêté.
Pour vous, c'est l'argent qui a dénaturé le sport de compétition ?
Absolument. Que représentent les athlètes aujourd'hui dans leur grande majorité ? Font-ils du sport pour lui-même ou pour l'appât du gain ? Pour moi, la réponse est sans ambiguïtés, je crois que l'argent écrase, depuis quelques années, tous les autres aspects du sport. Resteriez-vous tranquille si vous faisiez cent millions de dollars pendant dix ans, je crois que vous feriez tout pour ne pas déranger le système qui a construit votre richesse. En 1968, à Mexico, lorsque j'ai levé le poing, c'était l'homme qui était au centre du projet, pas l'argent. Les temps ont changé. Source
# Posté le dimanche 05 février 2006 09:59